Rencontres

Emre Evrenos : interview

En discutant avec Emre Evrenos, designer stambouliote (c’est comme ça qu’on appelle les habitants d’Istanbul), nous avons voulu en savoir plus sur les enjeux d’un créateur d’objets en Turquie.

Interview et traduction : Asli Emek
Crédit photos : Emre Evrenos

  • Merhaba Emre et bienvenue sur étolie ! Pourrais-tu résumer ton parcours dans le design ?

Je vais faire une réponse cliché : depuis l’enfance, je me suis toujours exprimé en dessinant, en créant des jouets, en faisant des modèles et en n’étant pas d’accord avec le système.

  • Quelle a été ta première collection ?

En réalité, je n’ai pas de collection particulière, j’ai des dessins (des pièces) de différentes périodes de ma carrière. Mais je dirais que mon premier produit professionnel a été l’easychair « Totem » que j’ai conçue pendant que je travaillais avec Ahmet Kaleli Furniture.

  • Tu as vécu et travaillé en Italie et en Russie, qu’est-ce qui t’a fait revenir à Istanbul ?

J’ai eu mon master à Milan : outre l’éducation que j’y ai reçue c’était une vraie expérience pour voir et analyser le marché du design. Après quelques années de travail pour différentes entreprises de design d’intérieur à Istanbul, j’ai eu une offre à Moscou pour un assez grand projet en tant que chef de projet.

Toutes ces expériences ont été très intenses et utiles dans ma carrière. Connaître et comprendre les différents marchés était vraiment amusant.

Je suis revenu à Istanbul car il y a beaucoup à faire. C’est une ville très jeune et potentiellement étonnante… Bien sûr, ce n’est pas facile quand on compare avec l’Europe, les possibilités, les différences culturelles, les attentes et le marché. Parfois, c’est délicat de rester visible et d’avoir une situation stable. Mais ces défis poussent à créer davantage.

  • Quelle est ta semaine classique à Istanbul ?

Je suis également professeur à temps partiel à l’université de Bahçeşehir (BAU) à Istanbul, dans le département de design d’intérieur. Deux jours par semaine, je suis donc occupé à l’université, et le reste de la semaine est une surprise totale. Je me rends à mon bureau, je visite des ateliers, je rencontre des clients…

  • Trouves-tu de l’inspiration dans ta culture turque ou dans ta vie quotidienne en Turquie ?

Pour une personne travaillant dans les disciplines créatives, l’inspiration peut venir de partout. La culture est toujours un élément important car on y vit, mais ce n’est pas forcément une source d’inspiration. En général, les gens sont attirés par des vies différentes, des cultures différentes. J’essaie d’être un citoyen du monde à ce niveau. Je dois avoir une approche globale du design si je veux être constant sur le marché du design contemporain.

  • Quels sont tes artistes et designers préférés ?

Comme pour la plupart des designers modernistes, le Bauhaus est toujours dans mon cœur, en particulier Marcel Breuer. C’est lorsque j’ai vu sa chaise « Wassily » que j’ai décidé de me consacrer au design de meubles.

Antonio Citterio, Patricia Urquiola, Eero Koovisto Rune, etc. Ce sont tous des professionnels de très haut niveau et une source d’inspiration.

  • Sur quoi travailles-tu actuellement ?

Quelques projets de design individuels pour deux entreprises différentes et un projet de design d’intérieur pour une villa privée à Istanbul.

  • Tu es également guitariste dans un groupe de blues. La musique a-t-elle un effet sur tes créations ?

J’aime la musique et surtout le blues rock. Je fais partie d’un trio acoustique, nous jouons principalement du blues rock, du grunge et quelques classiques rock. La musique a définitivement un grand impact, non seulement dans ma carrière mais aussi dans ma vie sociale. C’est le meilleur moyen de se détendre et de changer d’humeur.

  • Pourrais-tu nous recommander des chanteurs ou des groupes turcs ?

J’écoute toujours Yavuz Çetin que je recommande vivement aux gens qui ne l’ont pas encore écouté.