Savoir-faire

La petite histoire du « nazar boncuğu »

Nazar boncuk en forme de fleur et un livre sur le raki turc

Mais quel est donc cet œil bleu que l’on voit à peu près partout en Turquie, en Grèce, et dans d’autres pays du Levant, d’Afrique du Nord et d’Asie centrale ? Il s’agit d’une amulette traditionnelle, un talisman protecteur.

Nazar boncuk, nazar boncuğu, oeil grec, oeil turc ?

En turc, on l’appelle nazar boncuğu (ou nazar boncugu si vous n’avez pas le bon clavier), à prononcer nazar bondjou’ou. Littéralement, cela désigne une amulette (« boncuk ») contre le mauvais oeil (« nazar », un mot arabe qui signifie « regard »).

Mais vous verrez souvent l’expression nazar boncuk (sans la déclinaison, mais on se fera un cours de grammaire turque une prochaine fois !), dans des publications en français ou en anglais. Prononcez-le nazar bondjouk et le tour est joué !

Comme l’amulette représente un œil et qu’elle est très présente dans la culture turque, on voit parfois l’expression œil turc. Et en parallèle logique : on parle aussi d’œil grec, même si nos voisins hellènes l’appellent matiasma en grec.

De la tradition antique à l’amulette moderne

L’origine de l’œil protecteur remonte à la nuit des temps en Asie centrale, si bien qu’on en retrouve différentes déclinaisons dans toute la région au sens large (Perse, Caucase, Mésopotamie, Arménie) mais aussi dans les anciennes provinces de l’Empire ottoman (Anatolie, Grèce, Liban, Syrie, Afrique du Nord…)

Des nazar boncuks (oeil turc) : amulettes contre le mauvais oeil

Ce qu’on connaît surtout aujourd’hui est la version moderne du « nazar boncuk », un œil stylisé formé de cercles noir, bleu ciel, blanc et bleu foncé. Il aurait été créé à la fin du 19ème siècle par des verriers de la ville d’Izmir (alors appelée Smyrne en français), sur les côtes de la mer Égée en Turquie. Ces artisans façonnèrent ce talisman à partir d’une pâte de verre, mêlant ainsi leur savoir-faire authentique à cette croyance traditionnelle.

Le succès fut tel que le nazar boncuk se répandit dans le bassin méditerranéen oriental, aussi bien chez les populations musulmanes que chrétiennes. On retrouve ainsi tout à la fois l’œil grec en Grèce et l’œil turc en Turquie. Si vous vous promenez dans des villages traditionnels, il n’est pas rare de voir des nazar boncuk incrustés dans les murs des maisons ou même dans les marches des escaliers !

Nazar boncukları sur une maison de Kanlica (Istanbul) en Turquie
Une maison à Istanbul dans le quartier de Kanlica
Nazar boncukları incrustés dans des murs et pavés
Crédit photo : Maryam Nassir Zadeh, Bodrum

Aujourd’hui encore, la majorité de la production des nazar boncuk en verre est faite en Turquie dans la province d’Izmir (côte égéenne) à partir de bouteilles de rakı (boisson nationale turque, eau-de-vie de vin aromatisée à l’anis) vides.

Nazar boncuk artisanaux dans la boutique étolie